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  2020, 02 Février . La question du mois .

Concilier numérique et environnement ?

Le 2 décembre 2019, une journée scientifique sur le thème « Concilier numérique et environnement ? » était organisée par Université Côte d’Azur (EUR DS4H et l’académie RISE).

Martine Olivi nous parle de cette journée.

Le temps fort de cette journée était l’intervention d’Hugues Ferreboeuf, du think tank The Shift Project : « pour une sobriété numérique ». On a plaisir à voir un tel discours mis en avant par nos institutions et ces préoccupations environnementales partagées par nos collègues orateurs et ceux nombreux dans le public. La journée s’est terminée par une table ronde intéressante.

Toutes les vidéos sont disponibles sur la page de la journée, il faut les écouter !

L’exposé d’Hugues Ferreboeuf est particulièrement complet et synthétique, une excellente entrée en matière ! Il commence par une introduction générale au phénomène des émissions de gaz à effet de serre, il en montre le caractère récent et inédit à l’échelle humaine ainsi que son inertie : le Co2 aujourd’hui présent dans l’atmosphère va y rester et pour longtemps. On comprend l’urgence et l’objectif des 1,5 degrés à ne pas dépasser, ainsi que l’impossibilité d’y arriver si on continue « business as usual », comme il dit.

La deuxième partie s’ouvre sur une question qui divise et qui est au cœur de cette journée : le numérique œuvre-t’il pour ou contre l’environnement ? Hugues Ferreboeuf y constate l’explosion des usages du numérique, très polarisée en occident, souvent justifiée par l’impératif de croissance économique, mais qui n’est pas soutenable au regard de l’approvisionnement en énergie et en métaux nécessaires.

Il met en lumière les faces cachées du numérique : la fracture numérique (seulement 50% de la population mondiale a accès à internet), le problème du recyclage (85% des équipements numériques ne sont pas recyclés) et celui de l’approvisionnement en métaux rares. Il rappelle qu’à peu près 50% de l’énergie consommée par et pour un équipement numérique l’est avant même qu’on l’utilise. C’est ce qu’on appelle l’énergie grise. Elle atteind 90% pour un smartphone. La première mesure de sobriété, c’est de ne pas changer de smartphone tous les 18 mois, ce qui est le cas en moyenne en France aujourd’hui ! Une autre tendance préoccupante est l’augmentation du trafic internet et en particulier du streaming vidéo.

Il aborde enfin la question économique pour faire un constat pas très surprenant, mais édifiant : l’augmentation des dépenses numériques n’a pas d’influence sur l’augmentation du PIB mondial, mais sur la valeur boursière des GAFAM !

Il conclut sur des préconisations qui s’adressent aux citoyens mais surtout aux acteurs politiques, notamment au niveau européen. C’est eux qui détiennent les leviers pour la mise en œuvre de la sobriété numérique. 2020 sera-t’il un point de bascule ?

Nos collègues scientifiques prennent ensuite la parole pour parler du numérique qui œuvre pour l’environnement. En écho à la présentation d’Hugues Ferrebeouf, des questions dérangeantes se posent : quid de l’effet rebond, ce phénomène qui fait que toute optimisation énergétique est absorbée dans l’augmentation des usages et ne permet pas de réduire la consommation ? Pourquoi et comment faire la 5G ? Des questions auquelles nous, chercheurs, sommes bien peu préparés.

La table ronde, pertinemment animé par Marta Arniani, a permis d’aborder cette problématique du chercheur, confronté à des problèmes qui ne sont plus uniquement techniques, mais environnementaux et sociétaux ; mais aussi celle des solutions qui sont trop souvent laissées à l’individu. On peut déplorer qu’Hugues Ferreboeuf n’ait pas pu y participer. Toutefois, les échanges sont intéressants et montrent une nécessité de formation multidisciplinaire pour prendre en compte l’impact environnemental dans l’innovation scientifique et numérique. C’est tout l’enjeu de l’EUR DS4H !

 

Martine Olivi

 

 

 

Dernière modification : août 2020.
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