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  Méthodologie de la médiation . 2017, 04 Avril . Bonne feuille . . . .

« Science and You » : les rendez vous

Les rendez-vous de Science and You sont des journées de réflexion autour de thématiques actuelles de culture scientifique, organisées par l’Université de Lorraine.
Après une première édition sur le thème des sciences participatives, puis une seconde pour évoquer l’esprit critique et la démarche scientifique, c’est autour des enjeux de la médiation à l’ère numérique que se sont réunis le 3 mars dernier au centre Inria Nancy – Grand Est 80 acteurs de la culture scientifique. Une journée riche en découvertes, échanges, débats et ateliers, que nous partageons d’ores et déjà dans ce billet.
Revivez :
Les ateliers proposés l’après-midi ont également été très instructifs. Marie Duflot-Kremer, maître de conférences au sein de l’équipe VeriDis, commune au centre Inria Nancy – Grand Est et au Loria, proposait un atelier de formation à la pensée informatique. Elle a accepté de répondre à quelques questions de Julie Adam, en charge de l’organisation de ces journées.

>> – J.A. : Vous proposez des ateliers d’informatique sans ordinateur. Cela veut-il dire qu’ils ne sont pas indispensables pour enseigner la pensée informatique ?

– M.D.K. : La pensée informatique ne peut pas se résumer à savoir programmer un ordinateur. L’informatique est avant tout une science basée sur des concepts fondamentaux variés, et les activités sans ordinateur permettent d’aborder ces concepts de manière ludique. Il est possible de parler de parallélisme à un enfant de 6 ans, mais certainement pas de lui faire expérimenter la programmation parallèle sur un processeur multicœur. L’aspect « débranché » permet donc d’élargir le public, d’accentuer le côté ludique tout en se débarrassant des appréhensions et des difficultés supplémentaires liées à l’usage de la machine. Cette méthode permet à la fois de rendre concrètes des notions abstraites (en manipulant des objets concrets), et d’impliquer l’enfant par le jeu et les gestes dans une activité coopérative (non concurrentielle, le jeu est gagné si tout le monde gagne).

Une première approche des concepts peut donc être faite sans ordinateur. Mais le but de la pensée informatique est évidemment de mettre en pratique les solutions trouvées, et pour cela il est nécessaire de se confronter à l’ordinateur qui vous dira immédiatement si votre programme est ou non correct. A la création des solutions qui est une activité humaine et qui ne nécessite qu’un (ou plusieurs) cerveau(x), il faut associer la validation qui par définition se fait sur une machine. Les deux aspects sont donc complémentaires.

>> – J.A. : D’ailleurs, quelle définition de la pensée informatique/computationnelle est selon-vous la meilleure ?

– M.D.K. : Je ne saurais pas dire si une définition est meilleure qu’une autre, d’autant plus que la pensée informatique comprend de nombreux aspects, mais la définition qui fait référence est due à Jeannette Wing et englobe les aspects suivants. La pensée informatique est un ensemble de compétences utiles bien au-delà du domaine informatique. Cela consiste, face à une tâche à accomplir, à réfléchir à comment la résoudre, si besoin à décomposer un problème complexe en plusieurs problèmes plus simples, à résoudre chacun d’entre eux, à les combiner puis à exprimer cette solution en étapes assez simples et précises pour être exécutées par une machine. Cela consiste également à se poser la question de l’efficacité d’une solution, de sa simplicité, à voir comment une partie de la solution d’un problème est réutilisable pour résoudre un autre problème, et bien d’autres choses encore. Si on voit très bien l’intérêt de cette manière de réfléchir en informatique, elle peut s’appliquer à des domaines très variés.

>> – J.A. : Quels sont les enjeux de son apprentissage chez les enfants ?

– M.D.K. : Comme dit ci-dessus, la pensée informatique rassemble des savoir-faire mobilisables dans de nombreux domaines. Elle n’a pas pour but de faire de chaque enfant un futur informaticien. Elle permet par contre de réfléchir de manière construite à la résolution de problèmes, et cela peut s’appliquer quasiment partout. En cuisine par exemple on peut se demander « que dois-je faire ? dans quel ordre ? et si j’ai un convive de plus cela change-t-il la quantité d’ingrédients ? le temps de cuisson ? »

Et si je dois construire des ponts, d’autres questions se posent : « peut-on construire le tablier du pont avant les piles ? Peut-on construire les piles du pont toutes en même temps ? Je sais construire une pile de pont de 10m de haut, comment en construire une de 12m ? Combien de blocs de pierre en plus me faudra-t-il ? ».
Les enseignants en font d’ailleurs déjà même sans utiliser ce terme. Décrire une procédure de calcul, raisonner sur la résolution d’un problème mathématique, c’est utiliser la pensée informatique. Elle est donc déjà présente dans les enseignements, et a fortiori peut permettre de développer différentes compétences requises dans les apprentissages scolaires.
Un autre aspect très intéressant d’aborder la pensée informatique par le jeu, dans des activités qui n’ont de prime abord pas l’air d’activités scolaires classiques, est qu’elle peut permettre d’intégrer des élèves en difficulté, ceux pour qui réfléchir devant une feuille de papier est difficile, voire bloquant, et pour qui des activités concrètes, avec (lors de l’apprentissage du code) ou sans ordinateur, peuvent redonner envie et confiance.
>> – J.A. : Le code peut-il s’apparenter à un langage ? Si oui, est-il aujourd’hui aussi important de savoir maîtriser le code qu’une langue comme l’anglais par exemple ?
– M.D.K. : Si on parle de langages informatiques, il faut garder à l’esprit qu’ils ne sont pas conçus dans le même but que les langues que nous pratiquons tous les jours. Si le but d’une langue est d’exprimer au mieux des sentiments, une description de paysage ou une argumentation, le but d’un langage informatique au contraire n’est pas d’être subtil mais d’éviter toute ambiguïté. L’ordinateur ne sait pas attendre « un peu » ou « un instant ». Il sait attendre 3 secondes, ou 500 milli-secondes, mais pas juger de ce qui est un peu ou beaucoup. Je ne comparerais donc pas les langages informatiques aux langues que nous parlons, mais plutôt à un vocabulaire particulier, moins riche mais très précis. Mon grand-père était radio sur un bateau de pêche. Son but était donc de transmettre et recevoir les informations importantes (localisation, météo, quantité de poissons rencontrée) de manière aussi précise et compacte que possible. Ce langage restreint, utilisant des abréviations spécifiques pour les mots/phrases utiles, supprimant le superflu, précis et compact, se rapproche plus pour moi d’un langage informatique.Comparer l’utilité d’un langage informatique et d’une langue est pour moi comme choisir si je ne vais plus communiquer qu’avec des humains ou avec des ordinateurs, et je ne suis pas prête à faire un tel choix entre la praticité du langage informatique et la richesse des échanges avec des gens de toutes origines au travers des langues étrangères. De plus, figer son enseignement de l’informatique sur un langage particulier auprès d’enfants, c’est risquer de voir ce langage périmé avant qu’ils n’aient éventuellement à l’utiliser à l’âge adulte. Encore une fois, ce n’est pas le langage en soi qui importe, mais le processus de conception, la réflexion, et le fait que ce langage permette de transmettre ses idées à un ordinateur pour qu’il puisse les valider ou non.

 

Dernière modification : avril 2018.
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